cmamm 2021 semaine 22

Pour faire le lien avec l’enseignement de la Clef de la Maîtrise, j’aimerais vous faire part de ma découverte de la transe, à partir de l’expérience de Corine Sombrun, relatée dans son livre « La Diagonale de la Joie ». En effet, les observateurs autonomes que nous sommes devenus avec cet entraînement de la CMAMM peuvent en toute liberté s’informer sur les recherches et les expériences relatives aux sciences cognitives. Et surtout en pensant autrement et en vivant harmonieusement notre vie, nous-mêmes nous avons en nous tout le potentiel pour accéder à la transe cognitive auto-induite.

À l’occasion d’un reportage de la BBC en Mongolie sur le chamanisme, il y a une vingtaine d’années, Corine Sombrun découvre qu’elle-même est chamane… Ou plutôt qu’elle a été désignée par les esprits pour le devenir… ce qui va impliquer pour elle trois années de formation à la frontière de la Sibérie ! Et le chamane qui a détecté ses capacités lui dit qu’elle n’a pas le choix, car ce sont les esprits qui ont décidé qu’elle le devienne. Et elle ne peut imaginer combien les épreuves qu’elle a passées ne sont rien à côté de l’enfer que va devenir sa vie… Toutefois, elle nous rassure, il n’est pas question de devenir chamane pour utiliser la transe pour notre usage, en revanche elle a utilisé tous les enseignements du chamanisme et surtout les expériences scientifiques effectuées sur son cerveau pour faire évoluer non seulement les recherches de la science cognitive mais surtout induire la transe dans le domaine médical.

Qu’est-ce que la transe ? Corine Sombrun nous dit que la transe est une expression naturelle de notre intelligence. À notre disposition, nous avons deux types d’intelligence. L’une nous rend davantage savant et l’autre nous rend davantage conscient. Et c’est elle qui s’exprime lorsqu’on est en transe. De même quand on est en situation d’urgence. On fait des gestes qu’on n’a pas décidé de faire. On a plus de force. On ressent moins la douleur. Dès lors, il y a un phénomène de dissociation. Il y a une distorsion de la perception du temps. Dans un accident, nous pouvons avoir l’impression que tout se ralentit. Ce sont exactement les caractéristiques qui s’expriment pendant la transe. Cet état de transe est un état de conscience modifié, profond, qui s’exprime naturellement dans les situations d’urgence, c’est une stratégie de survie proposée par le cerveau, pour nous permettre d’être plus efficace dans ces états-là, parce qu’un état de conscience ordinaire est beaucoup trop lent pour nous permettre de réagir à une urgence. Ainsi à la lumière de ces explications, je réalise mieux ce que j’ai vécu, en 1972, dans mon expérience d’avalanche à Isola 2000.

Que se passe-t-il dans notre cerveau, lorsqu’il y a un état de transe ? Ce sont ces états dissociatifs légers qui sont les états caractéristiques des états de transe. C’est la même intelligence qui s’exprime. En fait il y a un transfert de prédominance de l’hémisphère gauche vers l’hémisphère droit. Alors que dans notre état de conscience ordinaire, c’est surtout l’hémisphère gauche qui est prédominant. Les expériences menées sur le cerveau de Corine Sombrun, lorsqu’elle est en état de transe ont établi qu’il y avait une prédominance de l’hémisphère droit sur l’hémisphère gauche, avec une légère inhibition du cortex pré-frontal. La transe est alors le résultat d’une modification importante du fonctionnement du cerveau. Ce qui entraîne que la perception de la réalité est transformée. Celle-ci n’est pas la même que celle qu’on a l’habitude de vivre… Car le cerveau est un filtre. Et si on change de filtre, l’accès à la réalité est différente. « Ce que nous voyons n’est pas le monde mais un modèle du monde créé par notre cerveau. » Ce qui corrobore ce que nous dit Mark Januszewski : le monde extérieur est le reflet du monde intérieur ! Nous sommes dépendants de la façon dont notre cerveau va filtrer les informations pour nous donner un accès à notre réalité différente de celle des autres. On le vérifie très bien dans la façon dont on lit un livre, en se rendant compte que personne ne lit le même livre !

Quelles sont les éléments caractéristiques de la transe ? C’est la transformation et l’interaction. Transformation de processus internes plutôt dissonants, de traumas qu’on aurait traversés, qu’on n’aurait pas bien réparés et surtout interaction. Notre intelligence nous connecte à notre environnement. Et on a un rapport à notre environnement et à nous-même, qui est modifié dans le sens où il est agrandi. La prédominance de l’hémisphère gauche nous donne l’impression d’egocentrage. Le « je » n’est pas seulement ce que je pense, mais aussi ce que je perçois. Et ça aussi on l’a oublié. On est tellement plongé dans la pensée analytique, dans le « Je pense » qu’on oublie qu’il y a aussi « ce que je perçois ». L’intérêt de ces intelligences, de ces états modifiés de conscience, c’est de comprendre comment on perçoit. Et on perçoit beaucoup plus quand on est dans ces états modifiés de conscience. Si on va un peu plus loin, nous dit-elle, on peut parler avec les arbres… et toutes ces informations qui nous entourent, c’est tout un état d’informations auxquelles nous pouvons nous  connecter par la transe. Tout à coup on sent l’émotion d’un arbre… Et tout ce qui est autour de nous est vivant. Et c’est la magie de ces états-là. Quand on se met devant un arbre, un brin d’herbe, un escargot ou une chenille on peut comprendre devant ces êtres vivants à quel point ils peuvent nous apprendre énormément sur le vivant et la collaboration avec le vivant devient naturelle…

En guise de réflexion, Corine Sombrun se remémore les 18 années de lutte pour faire accepter par la science la transe comme un sujet sérieux. Et elle se demande si nos sociétés occidentales ne sont pas les seules à avoir laissé de côté l’utilisation de ce potentiel… S’il y a vingt ans, elle a entendu l’appel du fin fond de la Mongolie, par sa persévérance, et sa croyance de transmuter la transe chamanisme en transe cognitive auto-induite Corine Sombrun peut s’enorgueillir de lui avoir donné ses lettres de noblesse tout comme il en a été avec la méditation et l’hypnose…

Toutefois, Laissons à Corine Sombrun le mot de la « transition » :

« Si notre société a travaillé à faire de nous des êtres plus savants, les sociétés traditionnelles se sont de tout temps attachées à faire de nous des êtres plus conscients. Le moment de crise que nous vivons et le mouvement global d’intérêt pour ces techniques ancestrales montrent qu’il est temps de nous rassembler. Le savant et le conscient, l’intellectuel et le perceptuel, enfin réunis, doivent se mettre au service de notre futur. D’un futur où Respect, Amplification cognitive, Autonomie et Joie seront le ciment d’une société enfin réconciliée avec son humanité.

Libre et heureuse d’oser collaborer avec le vivant. N’est-ce pas la véritable démarche écologique à laquelle nous devrons désormais nous employer ? Je me plaignais de devoir avancer dans un jeu dont je connaissais pas les règles. Mais c’est la beauté de ce jeu. Je ne l’avais pas compris. Ne pas connaître ces règles m’a poussée à me réinventer, à puiser bien plus loin dans des ressources encore inconnues. La transe a remis en question mes schémas mentaux, mes certitudes, mon rapport au monde. En me mettant face à ces ressentis inédits, elle a été une source de créativité. Comme un enfant est poussé à marcher, j’ai dû me jeter dans le vide sans savoir ce qui allait arriver. Je suis tombée. Retombée. Et un jour, cette perte d’équilibre a provoqué un mouvement de mes jambes que je ne connaissais pas. La marche, née d’une perte d’équilibre, d’un saut dans l’inconnu. Les enfants le savent bien. Ils savent bien aussi qu’en jouant, ils inventent les règles au fur et à mesure, en fonction des besoins de l’histoire, de l’apprentissage qu’ils ont à faire, de leur besoin de vivre des situations qui leur font du bien, les réparent, les reconnectent à la joie d’avoir affronté leurs peur, d’avoir découvert de nouvelles sensations, un univers où l’imagination n’a pas de limites, un continent merveilleux où des compagnies extraordinaires les accompagnent.

C’est ce que l’âge adulte, tel que nous le modelons en priorisant notre intelligence analytique, a perdu. Le besoin de contrôle que cette forme d’intelligence génère, notre peur de le perdre, nous a fait oublier la joie de cette exploration. Il nous reste les jeux virtuels, sans savoir que nous avons en nous le plus beau des jeux, juste là, à portée de transe. Accepter de vivre ce « plus grand que moi » m’a aidée à retrouver le chemin de la joie. Et dans les dernières images du film en train de défiler sur l’écran, je ressens une énergie, une force monter. Ça pousse, ça pétille, je trépigne. À l’idée de tout ce qui s’ouvre à nous. « L’idée de l’avenir est plus féconde que l’avenir lui-même », disait Bergson. Cette idée est là, dans tous les signes où j’ai eu accès. Dans les évènements de ce livre que j’écris depuis le futur. Alors j’ose. Faire ce clin d’œil au passé depuis le futur. »