cmamm 2021 semaine 18

Au préalable, attardons-nous sur le vocable « foi » sans faire aucunement  d’amalgame entre « la foi » et « la foi religieuse » notamment si on ajoute « acte » à « foi », ce qui donne « acte de foi », qui vient du portugais auto da fé et qui concerne l’aveu public auquel l’inquisition soumettait les hérétiques avant le supplice du feu. En revanche, considérons la foi en la croyance certaine en la fidélité et/ou en la capacité de quelqu’un. Ainsi j’ai la foi en les trois personnes que Luc m’a confiées dans cette Clef de la Maîtrise.

Ce qui aussi communément peut concerner les gens qui ont foi en l’efficacité des vaccins, ce qui aujourd’hui suffisamment débat pour éviter d’insister.

Il existe aussi des personnes de bonne foi, qui agissent avec droiture, sincérité et honnêteté.

On peut dire aussi qu’un témoignage peut faire foi, c’est-à-dire qu’il est prouvé.

D’aucuns ont « la foi du charbonnier », celle-ci est alors inébranlable et c’est aussi la foi naïve des ignorants.

Dans la fauconnerie, il y a une belle expression : «laisser l’oiseau aller sur sa foi » le laisser aller librement, sans filière, dès lors qu’il a été dressé à revenir fidèlement.

Je peux également « laisser quelqu’un sur sa bonne foi », soit m’en rapporter à sa conscience ; le laisser libre d’agir comme il l’entend, lui faire confiance.

En Droit civil, « posséder de bonne foi » c’est posséder une chose ou jouir d’un droit par l’intermédiaire d’un tiers, mais avoir la conviction qu’on en a la propriété. 

Enfin « voir quelque chose avec les yeux de la foi » c’est admettre une chose de confiance.

Le jour où j’ai eu ma première « crise de foi », c’était en 1955. J’avais dix ans et je venais de rentrer en sixième au Lycée Michelet de Vanves, lycée public de 3 000 élèves, qui les accompagnait de la 11ème à la préparation à HEC… dans des bâtiments classés monuments historiques et entourés d’un parc de 17 hectares. Bien qu’habitant près de la porte de Versailles, mes parents, tous deux enseignants, faisaient, deux fois par jour, la traversée de Paris. Ma mère institutrice à l’École de filles de la rue Joufroy (dénommée depuis Jouffroy d’Abbans… Noblesse oblige !), mon père, professeur d’Éducation physique au Lycée Carnot, boulevard Malesherbes. Quant à moi, je venais de quitter l’École de garçons, qui faisait partie de l’ensemble scolaire (École de Filles, Classes de Fin d’Études, Cours Complémentaire, École de Garçons, et 2 Ateliers pour le Bois et le Fer). Quand j’avais 9 ans, j’étais en « classe préparatoire au Concours d’entrée en Sixième », aujourd’hui CM2, et mes parents m’avaient fait mettre dans la meilleure classe pour que leur bambin puisse avoir tous les atouts pour réussir son « parcours scolaire » et pourquoi pas embrasser comme eux le métier d’enseignant… Et ce qu’ils avaient programmé pour leur deuxième fils n’a pas du tout été ce qu’ils avaient souhaité… En effet, pris en flagrant délit de chahut, debout sur une table, entraînant mes petits camarades à faire de même, le directeur fit irruption dans la classe et je suis exclu sur le champ de l’école, pour plusieurs semaines, alors que la date des épreuves du concours approchait… Vous pouvez imaginer le mælstrom dans lequel furent pris mes parents, tous deux enseignants, et l’indignité qui frappa leur fils …

Résultat des courses : les interdictions sur ce qui me passionnait (déjà… ?) plurent les unes après les autres : alors que relégué dans des classes du Cours Complémentaire (pour garçons) pour purger ma peine en écrivant des milliers de lignes pour avouer mon forfait et m’engager à redevenir un élève docile, sage, attentionné et passionné par le travail scolaire… je suis brutalement privé de gymnastique, de piano (deux de mes plus belles passions…) et de télévision (en effet, à cette époque les premières émissions n’étaient destinées qu’aux Parisiens… !) sauf, et c’est curieux pour deux parents plutôt libres penseurs… le Catéchisme ! Et oui, privé de tout mais pas d’enseignement religieux. Entre midi et deux, tous les lundis je me rendais à l’aumônerie du Lycée Carnot. Le matin, je révisais à la hâte mon catéchisme et mes prières, alors que mon père entamait l’assaut de la place de l’Étoile, rebaptisée depuis place Charles-de-Gaulle. Et fait curieux, j’y retrouvais-là le chahut, qui m’avait exclu de mon école primaire, entraîné par les neveux du cardinal Feltin… ! Et l’aumônier d’alors rétablissant l’ordre par la projection de Laurel et Hardy, horriblement doublés !

Ainsi préparé religieusement sur les dogmes de la sainte Église apostolique et romaine, en entrant au lycée Michelet mes parents m’inscrivent pour suivre les cours de catéchisme en vue de préparer ma Communion solennelle. Un peu paniqué par l’immensité du lycée et la foule d’élèves et une nouvelle contrainte qui me tombe dessus. Le lycée Michelet a été retenu pour faire l’essai de la mixité garçons et filles, qui existait à l’école maternelle, mais supprimé à l’école primaire… Alors que séparé de mes camarades filles, pendant cinq ans, les voici qui reviennent ! D’où un nouveau refuge qui me permet de me resocialiser. L’année scolaire se passe correctement. Et fait de gloire, entraîné par mon parrain lourdais, professeur d’EPS, en qualité de capitaine de l’équipe minimes de rugby j’apporte au lycée le titre de Championne d’académie de Paris du sport scolaire et universitaire !

Le jour de la retraite religieuse approche, augmentant ma foi de jour en jour. Nous profitons de l’immense parc, propice au silence et à la méditation.

Enfin arrive le grand jour de ma première communion, où je reçois, pour la première fois, avec tous mes camarades, vêtus de nos aubes blanches, le corps et le sang du Christ au cours de la célébration de l’Eucharistie. Le temps est magnifique. Le soleil inonde la chapelle.

Je suis heureux et habité… lorsque, dans son sermon, le prêtre, qui nous a accompagné toute cette magnifique année et a célébré la messe, entame une incroyable diatribe contre nous tous, parlant d’indiscipline, d’hypochrisie et de non-respect au cours de notre retraite. Il nous engueule littéralement… 

Je suis déconfit et je réalise soudainement que ce lieu est subitement désacralisé et ressemble étrangement à mon ancienne école où la vindicte avait aussi exclu la bienveillance… Ma belle aube et ma foi religieuse étaient irrémédiablement salies par la bêtise humaine ! Si bien que le lendemain, jour de ma Confirmation, après avoir passé une nuit blanche, je me suis rendu dans une église, où étaient rassemblés les nouveaux communiants, où j’étais totalement absent. Ils avaient abîmé ma croyance.

Si depuis j’ai délaissé cette église qui n’était plus la mienne… , en « athée fidèle » j’ai fréquenté de nombreux lieux de culte avec le respect dû aux croyants, tout en ne croyant à un aucun dogme, ni en aucune religion. Cette liberté de croire ou de ne pas croire, écrite à l’article Premier de la Constitution du 4 octobre 1958 permet à tout à chacun de se faire sa propre opinion, tout en respectant celle des autres.

Et nous dans l’Alliance, que faisons-nous donc depuis le 3 janvier 2021, sinon de nous entraîner à penser par nous-mêmes ?