Éric Charay, animateur de France 3, qui m’a reçu dans son émission « Ensemble c’est mieux », le 4 janvier dernier, m’accueille dans les studios de Marseille.
– Bonjour Éric, ravi de vous revoir, depuis notre entretien en direct sur « Arrêter de râler, ça fait du bien. »
– Bonjour Dominique, et comment ça va avec votre groupe de la Clef de la Maîtrise ?
– Très bien, merci. Comme c’est curieux de se revoir aujourd’hui, alors que notre entraînement est actuellement focalisé sur la « diète mentale », c’est-à-dire qu’aucun des participants ne doit se passionner, ni donner un avis sur n’importe quel sujet et encore moins se mettre à râler… Toutefois, savez-vous Éric que tous les deux nous avons une expérience commune ?
– … ??
– Eh oui, rappelez-vous… Vous et moi, nous avons été incapables de faire lire le livre de Christine Lewicki à nos épouses… Et d’ailleurs, personnellement ai-je réussi à faire passer le message à la mienne… ?
– Bon, Dominique, vous m’avez demandé de conduire un entretien à propos de vous, de vos expériences et de vos rêves… Dites-moi un peu comment comment vous en êtes arrivé là.
– C’est relativement simple, Éric… C’est avant tout énormément de chance… Mes deux grands parents, l’un breton, l’autre morvandeau, qui ont connu la Grande Guerre, en ont été épargné. L’un parce qu’il s’était engagé dans la Marine nationale… L’autre, parce qu’effectuant son service militaire à Nevers, s’est ébouillanté alors qu’il servait la soupe… Le destin tient vraiment à peu de chose, ne trouvez-vous pas ? Récemment, je suis tombé sur deux boîtes d’archives familiales. L’une, contenant la correspondance de de mes parents, jeunes mariés, séparés par la guerre. Mon futur père, incorporé dans le 101ème Régiment d’Infanterie, chargé d’arrêter la progression de l’armée allemande dans les Ardennes. L’autre, contenant des clichés pris par mon père, dans les années 30… Jeunes gens, beaux, amoureux, respirant l’insouciance et l’espoir. L’avenir leur appartenant, pourquoi donc s’en faire ? Mark Januszewski (Mark J) a une très belle formule pour évoquer ces moments où nous faisons « attention au présent » lorsqu’il dit que « maintenant est tout ce qui est. Maintenant est toujours ce qui a été, et maintenant est tout ce qui est à jamais. » Et surtout lorsqu’il dit : « je suis sans attachement, me délectant de continuels moments d’incertitude… »
Pendant la Campagne de France, mon père blessé à la jambe par un éclat d’obus est rapatrié sanitaire sur Bordeaux. C’est une chance pour moi, car il ne fait pas partie des 100 000 morts de cette « drôle de guerre »… Tout ceci pour être conscient de la chance que j’ai eu de naître après cette terrible épreuve… Et je dis merci à ma formidable boussole interne qui m’indique toujours le meilleur chemin pour en arriver là, comme vous dites Éric…
Dans un autre entretien, j’évoquais la formidable chance d’avoir eu les parents que j’ai eus. Une mère institutrice et un père, professeur d’éducation physique.Mes parents, tous deux passionnés de montagne, ont commencé, dès avant-guerre à organiser des séjours de neige, à Noël, pour les petits Parisiens. C’est ainsi qu’ils fixèrent leur choix sur le village de Tignes avant qu’il ne soit englouti sous les eaux. C’est ainsi qu’ils émigrèrent pour Flumet, puis Valloire en Maurienne. Et dès l’âge de 3 ans, mon père me mit sur les skis.
– A vous entendre vous semblez passionné par le ski…
– C’est vrai. Pour moi, le ski a non seulement été une passion, mais j’aurais pu suivre cette voix pour en faire mon métier. Avec le recul, je me rends compte que nos choix dans la vie sont binaires. Comme le chantait Zanini en 1969… « Tu veux ou tu veux pas ? » Et ce sont les sentiments qui l’emportent… Éric, vous avez devant vous un pur produit de l’École du Ski Français. Puisque j’ai passé toutes les épreuves jusqu’au Chamois et la Flèche d’Or. Ce qui m’a conduit à 19 ans à la Finale des Chamois à Aurons, station qui doit vous être chère, en tant que Niçois… Je me rends compte que le goût de l’effort et la ténacité qui l’accompagne m’ont trempé le caractère. C’est ainsi qu’à vingt-cinq ans, je me retrouve entraîner une équipe junior-préolympique de ski sur la côte Est des États-Unis… Toutefois, deux ans plus tard, je suis sauvé in extremis de l’avalanche d’Isola 2000, alors que j’étais sous-lieutenant de chasseurs alpins à Nice. Là c’est encore et toujours ces moments d’incertitude, dont nous parlions au début de cet entretien. En outre, à chaque fois je choisis de… vivre !
– À vous entendre, vous transpirez le goût et l’espoir de vivre… Ça change de la morosité ambiante…
– C’est vrai. Toutefois, pour nous humains, race éphémère à l’échelle de l’univers, qu’y a-t-il plus beau que la vie ?
– Dominique, je n’ai pas voulu vous interrompre quand vous me parliez de votre passion pour le ski… À vous entendre, vous auriez pu embrasser le métier d’entraîneur. Pourquoi n’avez-vous pas réalisé votre rêve ?
– Éric, vous vous rappelez quand je vous entretenais à « Ensemble c’est mieux » de notre empreinte mentale et de notre fourmi (notre conscience) sur le dos de l’éléphant (notre subconscient) ? Je vous disais qu’il est très difficile, voire impossible, de changer d’avis, tellement nous sommes conditionnés par nos certitudes et nos ego. Mark J a une très belle formule, lorsqu’il dit qu’il faut protéger l’environnement construit dans mon esprit « en l’entourant d’un barrage verbal de gratitude. » Par ailleurs, je vous rappelle que j’appartiens la génération qui, s’apercevant qu’un de ses enfants dévie quelque peu du chemin qui lui a été tracé, se voit immédiatement remis dans les rails par un « passe d’abord ton bac ! » Et quand je disais à ma maman que je voulais être moniteur de ski, c’était toujours : « c’est ça, ivrogne et coureur de jupon… ! », ce qui pour un adolescent n’était pas très motivant. Par ailleurs, si je n’ai pas choisi cette profession, c’est aussi parce que deux drames se sont télescopés dans ma vie. Celle que j’aimais m’a quitté, alors que ma maman était frappée d’un cancer du foie… Ces épreuves survenant après l’avalanche m’ont longtemps éloigné de ce qui me passionnait… (à suivre)
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